Depuis plusieurs années, la Chine, poussée par sa soif inextinguible de terres, de matières premières, de chantiers et d'influences, a jeté son dévolu sur un nouveau continent : l'Afrique.
L'Afrique chinoise - 6 mois, n°1, printemps/été 2011, p.86
photo prise par Paolo Woods
Ces pionniers du XXIe siècle prennent pied en Chine par milliers, attirés par la promesse d'un enrichissement rapide. Solitaires, en famille, ou expatriés par dizaines par un grand consortium, ils débarquent tels de nouveaux colons.
Bien que les compagnies chinoises participent activement à l'édification des infrastructures des pays dans lesquels elles sont implantées, elles ne sont cependant pas ici par philanthropie, mais bien pour affaires. Ce qui conviendrait parfaitement aux élites africaines, lassées de leur dépendance aux aides accordées par les pays riches à grand renfort de sermons.
De retour au pays, nombre de ces nouveaux riches dépensent leurs afrodollars, développent de nouvelles activités en lien avec celles qui possèdent déjà à l'autre bout du monde, et repartent avec des projets et parfois aussi des membres de leur famille prêts à les rejoindre.
Cependant, les conditions de vie des ouvriers chinois en Afrique ne sont pas toujours mirobolantes. La quasi-majorité est logée à côté des chantiers sur lesquels ils travaillent. Beaucoup souffrent du mal du pays. Ainsi, tous cherchent plus ou moins à recréer leurs habitudes. En outre, de nombreux conflits opposent Chinois et Africains. Les uns sont plutôt bien payés, méfiants, n'ont aucune expérience de travail à l'étranger, et se posent parfois en conquérant ; tandis que les autres sont mal payés, aussi méfiants et n'acceptent parfois de travailler pour des Chinois que parce qu'il n'existe aucune autre alternative. Le choc des cultures engendre donc tension dans les relations de travail, mais aussi du racisme.
Si les Chinois sont venus pour rester, comme commencent à le comprendre les Aricains, il faudra sans doute attendre encore des années avant que les relations ne s'apaisent entre les deux peuples. Il faudra aussi que les Chinois ne se posent pas en conquérants, comme le firent des siècles durant les Européens avant eux, afin de limiter l'antagonisme que leur présence peut parfois générer. En effet, des émeutes anti-chinoises ont déjà éclatées dans plusieurs pays. Lassés du comportement chinois, les Africains pourraient se détourner de leur nouveau partenaire pour revenir dans le giron d'institutions internationales gérées par les pays riches. Cependant, ce dernier scénario reste, semble t'il, peu probable.